001

QUE VALENT LES DECISIONS DE L'ETAT ??

 Nous ne pouvons que nous interroger car, rappelons-le, cette exubérante affaire se poursuit au fil des gouvernements depuis 1963. Pour ceux qui ne connaissent pas, à cette époque, la France s'interrogeait sur l'atterrissage et le décollage du "Concorde", l'avion du futur, disait-on. Etant donné que ce petit chef d'oeuvre technique franchouillard de l'époque, faisait de ses décollages bruyants et de sa pollution consommatrice en kérozène un exemple que l'agglomération parisienne ne pouvaient, dit-on, supporter, il fut alors décidé d'imaginer une solution en province.Tiens donc, la COP 21 était-elle née avant l'heure ? Mais c'était particulièrement indigent de penser que cette pollution pouvait être mise à la hauteur d'une sous-population capable d'accepter toutes les facéties ministérielles du moment.

Il faut bien dire qu'à cette époque, la démocratie élargie dans les territoires n'était même pas un voeu pieux. La communication était strictement limitée à des discours ou des "parlotes" arrangées sur nos petits écrans TV en noir et blanc (v. les entretiens avec Michel Droit). Rien d'autre n'avait droit de cité que les décisions prises en comité restreint par quelques personnes de "confiance" usant de leurs influences près de la sacro-sainte "DATAR", créée en 1963 et disparue en 2014. Ce fut donc dans cet esprit que furent initiées et décidées les suites du projet d'aéroport du Grand Ouest, devenu plus tard celui de NDDL. 

Depuis 50 ans donc, toutes les facéties étatiques ont été utilisées, même quand le fameux Concorde a été mis à la marge (New York, rappelons-le, lui avait interdit son accès et son survol) pour les raisons officielles ci-avant. Seul Washington l'avait autorisé moyennant quelques adaptations environnementales que la France avait jugées malvenues. Les temps ont bien changé....! Ils ont tellement bien changé qu'en 50 ans, ce projet que des élus locaux avaient soutenu par opportunisme, est devenu le cancer généralisé de la grande région nantaise. En effet, durant ces années, le projet est souvent resté sous un grand manteau silencieux car, nous tenons à le rappeler, chacun des décideurs de la République savait que cette affaire sentait la "poudre". Mais, c'était sans compter sur l'opiniatreté du français. Il y a toujours un ami haut placé pour conseiller, orienter et même décider de cette opportunité parfois déplacée. C'est ainsi que NDDL est arrivé sur le dessus de la pile des dossiers "pollués" de la République. 

On est même passé par une simili consultation, limitée aux habitants de la Loire Atlantique, alors que les contrats d'exploitation avec VINCI étaient déjà signés. Il n'y a jamais eu en amont, au préalable de la DUP (Déclaration d'Utilité Publique), d'étude approfondie sur les conséquences écologiques qui vont découler. Aucune étude d'impact sérieuse et profonde n'a été faite pour savoir comment se déplaceront les 2000 salariés de l'aéroport uniquement pour se rendre à leur travail. Cette conséquence majeure n'a semble t-il, jamais été étudiée et encore moins chiffrée. Pourtant, cette exploitation va générer une incommensurable diffusion de CO2 supplémentaire. Ce qui a pour conséquence majeure de générer 7000 HA de terres qui devraient être impactées par les compensations écologiques mais que in fine, se réduiront à quelques 2000 HA seulement étant donné le peu d'enthousiasme manifesté par les agriculteurs locaux à dépenser de l'argent que, de toute façon, ils n'ont pas. Pour pouvoir débuter les premiers coups de pioche, il faudrait qu'au moins 20% des travaux sur les terres impactées soient déjà réalisés. Or, à ce jour, rien n'est commencé. Dans ce cas, comment peut-on imaginer un début de travaux imminent ? Cela est totalement impossible. 

Désormais, suite au rapport rendu par la Commission initiée par le Gouvernement "Philippe", nous avons une conclusion en forme de choix entre deux issues possibles: celle de NDDL et celle (tiens donc) de la modernisation de l'actuel "Nantes-Atlantique". On a toujours évité d'en parler car la seule possibilité souhaitée par les inventeurs de ce projet mal ficelé et mal chiffré, était précisément celui de NDDL et rien d'autre. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, figure au dossier une pré-étude qui a été faite par un groupe de pilotes de ligne qui prétendaient que la solution Nantes-Atlantique était la meilleure. Pourtant, on a soigneusement enterré ou mis à l'écart cette initiative qui contrarierait le plan. 

Il n'est pas en notre pouvoir de justifier ou non de la réalisation d'un aéroport, ni de détruire des études économiques, au demeurant utiles. Mais il en va de notre vocation d'attirer l'attention sur des dysfonctionnements de toute structure (Etat ou non) qui auraient pour vecteur de générer des dépenses inutiles ou des réalisations superfétatoires. Combien d'aéroports dans le monde, et même en Europe, ont été réalisés et sont en état de délabrement à cause d'études économiques mal établies ou n'ayant jamais eu l'attention globale nécessaire? 

Si la solution de Nantes-Atlantique modernisé était retenue, il faudrait alors que ce projet intègre parfaitement les données nouvelles que nous connaissons désormais en matière d'écologie et de développement durable, mais aussi de mettre en oeuvre une organisation de pistes tel que nous le rencontrons ailleurs dans le monde (Francfort par exemple) et que les phénomènes bruit - pollutions soient vraiment traités dans l'intérêt supérieur des habitants périphériques et de la diminution des rejets de GES. 

Cet aéroport du Grand-Ouest devrait être celui du 21 ème siècle ou ne le serait pas. L'exemplarité devra être prioritaire, au risque d'un échec retentissant. 

Pour finir, il reste ce problème de ZAD. Une occupation illégale doit rester illégale. Le Larzac n'est pas la lande de NDDL. Nous ne sommes pas au Brésil où la restitution des terres aux paysans fait partie de la règle, souvent bafouée, hélas. Le projet de NDDL, s'il est abandonné, ne doit jamais permettre la poursuite d'une occupation "sauvage", quel qu'en soit la motivation présentée par ses initiateurs.

La France est un pays de "droit" et le restera.

Espérons qu'en Janvier prochain, nous verrons ce point final tant recherché. Mais nous savons bien que les services de l'Etat sont déjà en phase pour imaginer un nouveau scénario au sein duquel on y verrait encore le mirage de NDDL au beau milieu d'un champ d' €uros en guise de compensation pour les malheureux promoteurs bétonneux.

 

Pierre JUHEL       Dominique DAMBLE

 

les écolos abandonnés