X 2001LES PAROLES NE SONT PAS LES ACTES...!

 Attaché à la forme de pensée de notre ami Didier PATTE, un des pères fondateurs du Mouvement Normand en 1969, je me pose les mêmes questions que ce dernier à propos dudit "PACTE GIRONDIN" que le Président MACRON semble vouloir initier ou remettre au goût du jour. Mon attachement à tout ce qui a trait au bénéfice des régions représente la meilleure médication et je dirais même la "potion magique" idéale, façon Panoramix. 

Didier PATTE, dans son communiqué 263 de février, nous retrace l'historama du girondisme, dont BRISSOT et ses vingt acolytes devinrent, le  31 octobre 1793, les "raccourcis" de la planche à bascule républicaine. Si les actes de ce groupuscule peuvent, le recul historique aidant, nous interroger sur les pensées inconséquentes de ces idéologues, il n'en reste pas moins vrai qu'ils ont, depuis plus de 200 ans, généré une forme de gouvernance où la Province fait jeu quasi égal avec le parisianisme dominant. Bref, la France impériale, monarchique ou républicaine s'est toujours emparée de cette attitude "Jacobine", précisément issue de cet épisode de 1793, où les fameux "Montagnards" dominèrent les mauvais alter ego "girondins. Le pli fut pris et au 21ème siècle, nous en sommes encore à nous poser cette réalité métaphorique: "Paris tousse, la France s'enrhume". Partant de là, comment réduire les effets néfastes de cette forme de pensée? La région de Paris (Ile de France) ne représentant que 18% de la démographie française. L'équité ne semble pas vraiment de mise.

 La volonté du Président MACRON de se rattacher au Girondisme est tout à fait louable dans une période où le citoyen français semble vouloir s'écarter de la chose publique. Et que dans le même temps, ce citoyen recherche à tout prix la proximité. On pourrait alors conclure que le centralisme "Montagnard" et "Jacobin" de 1793 est mort. Il n'en est rien! Le découpage régional de 2015-2016 est probablement voué à une refonte. Les grandes régions qui en sont issues, pour la plupart ne reflètent ni les réalités historiques ni les aspects patrimoniaux et encore moins les aspirations humaines. En cause ? Les attitudes, selon Didier PATTE, et prétentions de l'administration centrale qui entend régenter souverainement  à la Colbert les gouvernances des collectivités territoriales. Le principe de subsidiarité, indispensable à une vraie décentralisation, est ignoré. Pourtant, dans la Constitution, mouture 2003, la France est une République décentralisée. Le développement économique, les transports et la transition énergétiques sont alloués désormais aux régions. L'administration n'a absolument pas la volonté de céder un pouce sur ses prérogatives (hors régalien) et pour cela, elle fait dégouliner des injonctions du sommet vers la base, alors que cela devrait être l'inverse (cf.). 

Effectivement, nous avons un nombre impressionnant d'exemples du mépris à propos des aspirations des citoyens de base, peu ou mal consultés pour les affaires qui les concernent au premier chef. Et quand celles-ci existent, elles sont fictives, tardives ou parfois imprégnées d'un irréalisme conséquent. A cela, il y a des conséquences directes: contestations légitimes. En 2018, un peuple éduqué et largement imprégné de la chose publique (médias hyper présents) ne suivra plus jamais les effets de condescendance imposés par l'administration. La démarche du Président MACRON, à propos du fait girondin, doit s'accompagner d'un large abandon de prérogatives accordées au compte gouttes par le pouvoir central. L'aspiration des Régions à exercer des pouvoirs de plus en plus étendus sera une constante des décennies à venir, quoi qu'en disent les nostalgiques du jacobinisme déclinant. Une Région, a cette capacité d'adaptation des lois de la République dès l'instant que cela touche à l'aménagement du territoire, et cela doit commencer par le droit à expérimentation qui nous est permis dans les textes. Enfin, une autonomie régionale ne se conçoit guère sans une modification du système des dotations générales de fonctionnement, essentiel des ressources des collectivités territoriales (cf.).

La caporalisation de la société ne se justifie plus. Une hiérarchisation radicale des populations, gérée d'un point central omnipotent ne doit plus être d'actualité (cf.).

En matière d'aménagement du territoire (et des règles énergétiques), au plan institutionnel, il y a une véritable autonomie de gestion patente au niveau régional. Mais celle-ci ne doit jamais s'apparenter à de la "poudre aux yeux", en y transférant  par conséquent les moyens financiers afférents. Dans notre département, la Manche, nous avons un bel exemple qui ne doit jamais déteindre sur l'aménagement de notre territoire. Il s'agit de ce projet facétieux d'arasement des barrages sur la Sélune. L'Etat Jacobin-centralisateur n'a jamais consulté les populations et il semble s'étonner à présent que ces populations se retournent contre une décision unilatérale, injuste, injustifiée et pour le coup, très dépensière pour la chose publique. 

Les populations veulent s'ancrer dans leur territoire; ils ne veulent plus être soumis à des "oukases". Pourtant l'Etat a besoin du soutien de ses citoyens tout comme les citoyens ont besoin de la protection de l'Etat.

Mais...protection ne veut pas dire "infantilisation". (cf.)

Pierre JUHEL

ECOLOGIE NORMANDE