02Notre REPUBLIQUE est-elle DECENTRALISEE ?

Depuis bientôt un an les français ont mis en place un nouveau pouvoir et un "chef exécutif" qui  tente de revoir la plupart des méthodes de gouvernance, lesquelles, il faut bien le dire, ont bien besoin de rénovation et de transformation, si nous voulons perdurer à égalité de chances avec nos voisins les plus directs en Europe.  

La grande contestation a commencé. En fait, ce sont le gênes françaises qui sortent à nouveau de leur torpeur traditionnelle. Etre français sans contester pourrait ressembler à une eau sans saveur pour être bue. Mais, j'y mettrais un petit bémol. Le tandem au pouvoir (Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE) serait bien inspiré d'activer à plein les dispositions que la République a eu bien du mal à sortir de ses tiroirs profonds. Je veux dire une vraie "DECENTRALISATION". La dernière en date s'appelle "Loi NOTRe" (Nouvelle Organisation Territoriale de la République); elle a été votée par le Parlement le 7 août 2015. La même loi introduisant le nouveau découpage des Régions. L'article L 4221-1 du CGCT (Code des Collectivités territoriales) précise les compétences régionales "Développement économique, social, sanitaire, culturel, scientifique et aménagement de son territoire". Ces dispositions nouvelles s'inscrivent dans l'adoption en amont par la France (15 octobre 1985 puis 10 juillet 2006) de la Charte européenne de l'autonomie locale.

A ce stade, je pense que nous ne pouvons que nous réjouir et constater que les luttes intestines légendaires "Jacobins c. Girondins" allaient enfin disparaître. Mais les politiques menées antérieurement ont parfois la vie dure. C'est souvent compliqué de franchir le pas et, disons-le ouvertement, les personnalités politiques ont souvent la facheuse manie de bien entourer leur pré-carré contre ce qu'ils appellent les "outrances extérieures".  En clair, je suis chez moi et j'entends y faire ce que je veux! C'est mal connaitre les réalités du terrain. Les français ont plutôt les méninges perturbées dès lors où on leur fait passer le message "Paris tousse et la France s'enrhume". Les lois dites de décentralisation, depuis 1982 (Deferre) puis plus récemment en 2002 (Raffarin), vont toutes dans le sens de nouvelles attributions et compétences au profit des régions. Les évènements actuels sur la SNCF ne sont que la conséquence effective de mauvaises adaptations des lois déconcentrationnaires et, précisons bien là aussi, des conséquences lobbyistes, partisanes ou politiques de groupes.   

Et l'intérêt citoyen dans tout ça ?

On le cherche; quand nous disons intérêt, il s'agit bien "en général". Si l'on fait intervenir un intérêt catégoriel quelconque, nous ne pourrons jamais obtenir le résultat escompté. Nous sommes définitivement "Jacobin" ou alors "Girondin", jamais les deux ensemble. C'est un choix de société et, je n'ai pas peur de le dire, le choix "Girondin" finira par s'imposer car il est le seul en capacité à lutter contre les désertifications rurales qui se sont installées partout sur nos territoires. Les grands centres économiques se sont jetés dans les bras d'un gigantisme exacerbé au point d'asphyxier les "faibles territoires" qui, probablement bientôt n'auront même plus de représentants près de la communauté nationale (députés, sénateurs). Comment imaginer gérer ces terres abandonnées depuis Paris? Aurions-nous vocation à devenir des sous-citoyens et en modéle réduit? C'est ce que le principe Républicain a toujours refoulé. 

Oui dans nos contrées éloignées de la Place de la Concorde, nous voulons respirer, mais pour pouvoir respirer, il nous faut une qualité de vie à la hauteur, laquelle nous permet de vivre et d'y travailler. Il faut que nos enfants restent sur place et cela demande une inspiration "provinciale". Les territoires, souvent agricoles, servent d'équilibre sociétal car ce sont les paysans qui entretiennent ces vues magnifiques que nous découvrons sur les cartes postales. Il y a aussi un énorme problème sur les prix du foncier bâti, dépassant allègrement les possibilités autochtones, ce qui m'autorise à évoquer le cas de la Corse qui demande à revoir les acquisitions en priorité par les Corses eux-mêmes. Dans la plupart des territoires, les prix moyens de l'immobilier dépassent largement les possibilités locales (revenus obligent). Il faut citer un autre point d'achopement, celui des citoyens locaux de décider eux-mêmes. La révision constitutionnelle de 2003 permet la tenue de référendums d'initiative locale pour décider ou non de projets d'intérêt territorial. L'Etat ne le veut pas car celui-ci cherche toujours à conserver son empreinte et son initiative. En réalité, la France est gouvernée de manière jacobine et risque de le rester pour longtemps encore. 

En Normandie, nous avons un exemple flagrant, celui des barrages sur la Sélune. Tout a été fait, depuis son origine, pour que la population soit mise en retrait des décisions, en établissant un montage-alibi faisant apparaître le plus clairement du monde qu'il n'y a pas de plan B et que ce qui se dessine est pour son plus grand bien. Les provinciaux sont exactement le contraire des insensés. Dans nos territoires, nous fourmillons de plein d'idées mais la difficulté se situe dans le ressenti dramatique qui nous est sans cesse renvoyé, celui de sous-citoyen à charge des grandes métropoles plus argentées mais ô combien génératrices de pollutions extrêmes.

Chez nous, avec sérénité, règne l'amitié et le plaisir de vivre ensemble durablement car nous sommes parfaitement conscients que notre territoire est un bien commun. Nos vocations sont nombreuses, notre utilité décuplée, et sur le plan alimentaire, nous sommes parfaitement bien placés pour alimenter l'ensemble de nos cousins d'ailleurs, y compris  produire le nouveau carburant totalement dépollué et utile pour tous. Je voulais dire l'hydrogène par électrolyse dont notre pouvoir "Jacobin" depuis toujours, nous refuse sans discuter et sans justification acceptable. 

Le 22 janvier 2018, le Ministre d'Etat, Nicolas HULOT a émis sa feuille de route. Il reprend ceci notamment et propose : "mettre en place une démocratie éclairée. Celle qui permettra de ne plus insulter l'avenir en oubliant de consulter les citoyens avant même que la décision ne soit prise, comme c'est bien trop souvent la cas quand on parle de projets d'aménagement du territoire dans notre pays".

Voilà bien l' expression d'un homme de province, connaissant les territoires. Puisse t-il être entendu?   

Pierre JUHEL