modernisationMODERNISATIONS ou UTOPIES 

Selon Pierre GATTAZ, ce matin dans le quotidien LES ECHOS, la grève de la SNCF n'a que trop duré et dénonce une "utilisation abusive" du droit de grève par des syndicats qui le détournent pour faire de la politique "anticapitaliste". Si, sur le fond il a probablement raison, il faudrait peut-être ajouter la nécessité impérative de réformer notre pays qui, au fil des décennies, s'enfonce dans une dégradation lamentable et dont l'irréversibilité se rapproche à vitesse TGV. De quoi parle t-on en réalité? 

En fait, la situation à la SNCF n'est-elle que le parfait reflet de notre volonté (ou pas) d'accepter de fonctionner différemment de ce que nous avons appris et connu depuis 70 ans ou plus parfois. A l'issue de la seconde guerre mondiale, un certain nombre de modalités furent mises en oeuvre, permettant alors de reconstruire notre pays totalement délabré aux plans institutionnels et structurels, avec une économie totalement anéantie. Avec l'aide du plan Marshall  américain, l'Etat avait dû bien souvent se substituer aux dirigeants du secteur privé (entreprises, banques etc..), parfois même en nationalisant trop durablement (Renault par exemple). Cette période après guerre, que les économistes appellent encore les "30 glorieuses" ont permis à la France de se reconstruire et se développer mais, je le dis, s'il y eut réussite ce fut moins à cause de cet esprit étatiste que du besoin économique réel. L'emploi était partout et la soif de modernité imprégnée dans les "tripes" de nos concitoyens firent le reste. 

Tout à une fin; le choc des années 70 a tout balayé. Notre économie "pétrolienne" s'est écroulée, imprimant de facto une notion inconnue jusque là, le chomage. Nos dirigeants de cette époque, souvent dépassés car englués dans une système où l'Etat est hyper présent, n'ont jamais trouvé la faille qui aurait dû être le signal d'alerte : trop d'etat nuit à l'état, donc aux citoyens. Il faut dire qu'à cette époque de la "guerre froide" les camarades Brejnev et Marchais s'entendaient comme larrons en foire. La CGT, fille ainée du PCF était à la manoeuvre pour driver notre "sociabilité", empêchant toute évolution réelle de notre outil productif. La transformation de la Régie nationale des usines Renault en Renault SA  en fut un exemple majeur. A présent, Renault est un fleuron international (Renault-Nissan-Lada-Dacia) qui se porte bien. Mais pour en arriver là, combien de grèves, combien de luttes et même de sang, au moment de mai 68, furent nécessaires? Toutes ces heures perdues des années durant, si on les additionnait, permettraient probablement la constitution d'un autre trust concurrent à Renault SA. Nous pourrions, dans ce même esprit, y inclure les privatisations partielles ou totales d'EDF, de la Poste et de certains autres secteurs qui, à des titres divers, ont généré des "terrils" monstrueux où se mélangent toutes les incapacités modernes de notre économie de fin du 20° siècle.  

Des erreurs démesurées 

Le choc pétrolier de 1973 et ses suivants, ont soulevé des tas de questions qui n'ont jamais été totalement résolues à cause précisément de la crainte sociale "gauchisante". Comme le disait encore cette semaine à Epinal, un cheminot au Président MACRON, il y a des gens (cf. Bernard Arnaud) qui s'en mettent plein les "fouilles" et d'autres qui doivent "cravacher" pour finir leurs fins de mois. Certes, c'est peut-être vrai, mais ne faudrait-il pas expliquer à ce cheminot qu'il est en décalage total entre son job à la SNCF et ce que fait réellement Bernard Arnaud pour la société. Oublie t-il qu'il emploie la bagatelle de 4000 personnes et qu'en en faisant état de cette manière, il y a risque de fragilisation des activités du groupe concerné. Je cois que chacun devrait s'ancrer à sa place réelle dans l'organigramme de notre société. Cela permettrait, au moins, de limiter les risques d'abus en cherchant à infantiliser les citoyens dès lors où on cherche à leur présenter l' ultralibéralisme ambiant comme le fauteur de troubles, à la SNCF notamment. A notre époque, il est hors de question de réinstaller un Etat-entrepreneur. Ce même état a d'autres vocations, lesquelles demandent à se voir performer. 

Cette semaine passée, sur les réseaux sociaux, je constate l'existence de sondages incitant à la destitution du Président MACRON. J'ai cru rêver et être revenu à l'époque de la bouillie soviétique. Si le Président élu avait été M. MELENCHON, on peut s'interroger si ces actes auraient vu le jour dans cet esprit. Quoi qu'il en soit, la SNCF devra se réformer en profondeur mais ce projet de transformation vient très tard, au même titre que la dette cumulée de plus de 2200 miliards € sera transférée à nos enfants et petits enfants. Les fantasmes libéralistes n'y changeront rien, la dégradation financière des services publics est bien présente, la limitation de la reprise économique étant obérée par des grèves perlées, nous avons tout à craindre de notre avenir.

Geoffroy AUCOUTURIER

Essayiste