260px-Camembert_de_Normandie_(AOP)_10Au LAIT CRU ou PASTEURISE ?

Le 21 février dernier, l'INAO (Institut National des Appellations d'Origine) a, semble t-il, mis fin à la "guerre du camembert" qui durait depuis près de dix ans, entre les partisans du "Camembert de Normandie" (plutôt des artisans du terroir) et les industriels, tenants de l'appellation "Camembert fabriqué en Normandie" lesquels défendent leur marché plutôt orienté vers l'international. Toutefois, pour intégrer durablement ce marché, certains pays (les US notamment) interdisent les fromages au lait cru et exigent une pasteurisation; premier point. Ce sont eux qui, il y a quelques années ont fait pression pour que le règlement européen UE 2081/92, validé par la France, soit quelque peu aménagé et, au regard de leurs marchés potentiels, nous le comprenons fort bien; second point. 

Dans la dénomination "Camembert de Normandie" il faut entendre la définition d'un produit élaboré selon des méthodes traditionnelles avec des ingrédients bien définis, et aussi, l'origine géographique, la Normandie, que beaucoup de pays reconnaissent en tant que telle. C'est ici que les points de vues différent. Le "Camembert fabriqué en Normandie", s'il est bien produit sur cette zône géographique (à voir?!) il est le résultat hybride d'un fromage pasteurisé et produit avec des laits qui ne sont pas de obligatoirement de Normandie. Rien n'interdit alors les industriels d'utiliser des laits des pays de l'est (pologne par exemple) ou parfois même en poudre. Il s'agit bien d'un subterfuge car la définition de "Camembert de Normandie" est totalement dénaturée. A cela, il nous faut aussi constater que les suites de la découverte de Marie HAREL autorisent cette dysconformité car, ne l'oublions pas, la notion de Normandisation est bien présente par les troupeaux d'origine purement normands. Depuis 50 ans, les laits produits sont en majorité par des prim'holstein, pourtant plus faible en protéines et en matières grasses. De plus il faut rappeler que le vrai Camembert normand au lait cru oblige les agriculteurs usant de cette appellation à ne pas utiliser par exemple des farines, maïs, soja ou OGM. Seule, pour respect du produit élaboré, l'herbe et le foin. On comprend alors très bien que la solution des "1000 vaches" ne peut alimenter nos fromagers traditionnels. Nous avons noté que le lait destiné à la production d'une véritable AOP est payé plus cher au producteur. Aurions-nous ici un début de solution à la crise paysanne et ses revenus? Nous sommes conscients qu'il ne sera pas suffisant et qu'il faudra bien protéger nos exportations en tenant compte des règles sanitaires des pays d'accueil, d'autant que la proche signature des contrats de libre échange (Tafta, Ceta, Mercosur...) nous priverait d'exportations indispensables à l'équilibre de notre économie. 

Autre souci majeur, c'est le prix de vente au détail de ces produits. Le "Camembert de Normandie" pur produit normand est proposé à des prix nettement supérieurs mais le consommateur n'a pas la même chose. En achetant un AOP moulé à la louche, il achète un produit fini très élaboré, goûteux et sentant les herbages normands. Pour le différencier, il eut été peut-être plus judicieux de marquer plus nettement celle-ci en y intégrant par exemple "Authentique Camembert de Normandie". 

Nous le constatons, si la guerre pour certains est finie, nous pensons que des lendemains orageux viendront encore perturber cette magnifique production du territoire normand. Les petits producteurs sont les seuls à pouvoir faire perdurer cette tradition de Marie HAREL. 

ECOLOGIE NORMANDE