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INTERROGATIONS "Littorales"

Dans Ouest-France du 5 juin, Manche Nature, selon ses habitudes, a jeté les bases de la contestation relative à toute modification structurelle de la Loi dite Littoral. Le point sur lequel nous pourrions peut-être nous trouver en phase serait sur le terme "renforcé" et surtout pas de "torpiller" cette loi utile et indispensable. 

Dès qu'une initiative apparait à l'horizon, la grande inquiètude, très vite, se fait jour et plus particulièrement celle d'une spéculation foncière galopante, passant par une surconsommation de surfaces agricoles que nous réprouvons bien évidemment. Pour autant, doit-on en passer par des positions alarmistes accompagnées de mots à consonnance agressive? Nous ne pratiquons pas ces verbiages. 

Par contre, et c'est le sens de l'existence même d'ECOLOGIE NORMANDE, nous considérons que le littoral, ou encore le trait de côte, est un état fluctuant que nous devons considérer en permanence comme progressif. C'est justement cette progressivité, parfois instable et surprenante, qui nous oblige à visionner la situation autrement que par des idées toutes faites ou encore dépassées par les nouvelles données météorologiques qui nous sont imposées par le réchauffement climatique incontestable. L'homme, gardien du "bien commun" parfaitement défini dans le développement durable, se doit d'être à l'écoute des évolutions physiques de nos côtes, privilégiant plutôt la prévention "utile" et "fructueuse" pour l'avenir. Ce qui implique d'élaborer, inventer et faire perdurer des protections de ce trait de côte surtout dans des zônes fragiles. En Normandie, nous en avons beaucoup, que ce soit sur les falaises crayeuses de la Côte d'Albâtre ou des massifs dunaires exposés de l'ouest Cotentin. 

ECOLOGIE NORMANDE se refuse à toute précipitation sur le sujet. Une chose pourtant est acquise, nous ne pourrons pas indéfiniment retarder une revisite indispensable de cette excellente loi datant du 3 janvier 1986. En effet, dès sa promulgation, il y eut de nombreux recours souvent initiés par une mauvaise lecture de la loi ou parfois à cause d'intérêts locaux considérés comme réducteurs en rapport avec des présomptions liberticides. Seulement voilà, le lien indispensable entre la liberté des communes littorales et l'intérêt écologique de notre "bien commun" n'a pas toujours été compris et appliqué dans toute sa rigueur. Si l'on veut donner à cette loi un réel avenir, il y a des points cruciaux que l'on doit impérativement établir et ce, avant qu'une probable compétence ne soit transférée aux élus locaux. Ces derniers, et c'est naturel, auront toujours la tentation de transgresser pour faciliter les "grignotages" (ou mitages) faisant perdre gravement l'attractivité naturelle de nos côtes. 

Que les choses soient claires, nous considérons que la Loi Littoral est indispensable, mais il faut aussi réduire la pression foncière qui s'exerce sur ce littoral tant recherché. Une hétérogénéité de son application est constatée partout et, in fine, nous constatons que ses interprétations sont laissées à l'appréciation des juges au détriment de la volonté du législateur. A une époque où l'on parle de plus en plus de décentralisation, il serait bon de revoir cette copie administrative et se jeter à corps perdu dans la revisite de la Loi SRU 2000 laquelle ne remplit pas tout le rôle que l'on attendait. Les PLU, qui en sont issus ne sont pas souvent en phase avec les territoires, c'est ce qui pousse l'aménagement vers des inepties que les populations ne comprennent pas. Sur ce point, il me parait utile de reprendre le souhait du Ministre Nicolas HULOT dans son discours des voeux du 22 janvier 2018 où il dit en forme de conclusion :"Nous devons aller vers une démocratie éclairée qui évite le piège des blocages. Il y a une grande leçon à tirer, celle de ne plus insulter l'avenir en oubliant de consulter les citoyens avant même que la décision ne soit prise, comme c'est bien trop souvent le cas quand on parle de projets d'aménagements du territoire dans notre pays". 

Les objectifs cruciaux de la Loi qui doivent être maintenus : Eviter le mitage du littoral - limiter l'urbanisation des espaces proches du rivage - assurer la protection des espaces sensibles - éviter une urbanisation linéaire du littoral - orienter l'urbanisation vers l'arrière du pays -

Ce qui implique, pour ce dernier point, l'élaboration d'un projet de territoire à une échelle pertinente. Cela est seulement constaté une fois sur deux, parfois moins.

Pierre JUHEL

ECOLOGIE NORMANDE