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 REALITES SUR UNE FILIERE EN TROMPE L'OEIL

Hier soir 22 septembre, la chaine parlementaire "LCP - PUBLIC SENAT " nous a gratifié d'un reportage documentaire inédit sur la filière nucléaire. Le débat en France s'est accéléré avec le plan de programmation énergétique en cours de préparation (PPE) lequel sera, en principe, rendu publique d'ici la fin 2018. 

CE QUE NOUS POUVONS RETENIR :

Les process utilisés en 2018 sont très évolutifs de ceux des années 1970. Sont-ils plus sûrs pour l'environnement ou pour la santé des populations ? Rien ne le dit et rien ne le prouve. Cela est d'autant plus vrai que les déchets radioactifs à très longue vie (plusieurs dizaines de milliers d'années) s'accumulent et que nos gouvernants successifs ne parviennent pas à trouver une solution ultime efficace et durable qui ne mettra jamais en cause la vie des générations à venir. 

L'impression qui se dégage, au vu du débat qui s'en est suivi, serait que chacun présente ses arguments, point final. Qu'en fut-il de la protection des populations? Quasi rien. Même le cas, peu probable, de la rupture du barrage de Vouglans qui, en ce cas anéantirait la centrale du Bugey, n'a donné lieu à aucune hypothèse style Fukushima. J'aurais préféré que nous abordions ce grave problème, alors que les autorités semblent aveugles et sourdes. Derrière les expériences passées depuis Tchernobyl (1986), y a t-il une prise de conscience de la part de nos décideurs? Je ne le crois pas. Valérie Faudon, déléguée générale de la SFEN, était bien là pour défendre bec et ongles la filière nucléaire, laquelle, selon elle, est exempte de tout reproche technique. Les aléas de soudures ou de taux de carbone dans les chaudières de Flamanville ne seraient, sinon invention d'opposants, qu'erreurs d'interprétations ordonnancées par les anti-nucléaire. Pourtant, à plusieurs reprises l'ex Directeur de l'ASN nous a expliqué le niveau de dangerosité qui est rencontré sur le "serpent de mer" EPR Flamanville. 

Bien entendu, l'on nous ressasse en permanence que la filière nucléaire est porteuse d'emplois par milliers (ingénieurs, techniciens,etc...) mais à cela, nous devons répondre que la qualité de nos personnels français n'est en rien reponsable. Je suis la première à me féliciter que nous ayons un vivier de ce niveau et ce personnel pourrait être utilisé dans des activités civiles moins contraignantes pour la vie quotidienne de nos concitoyens. 

La filière nucléaire, gérée en totalité par EDF, s'apparente à un vaste territoire de terrils dépassés mais où règne en maitre la "fuite en avant". Nous avons acquis hier soir la certitude que le "Grand Maitre EDF", et son Conseil d'administration de 18 personnes, organise la pérennité de ces fuites en avant vertigineuses. Des chiffres ont fusé lors du débat; 400 milliards sur l'endettement de la Grande centrale EDF et je ne doute pas un instant que ces chiffres seront largement rapetissés afin de convaincre une certaine majorité silencieuse. Pour exemple, il fut quasi impossible de savoir de combien dispose EDF pour les frais à engager dans les démentèlements de centrales de plus de 40 ans. Gérard Longuet, le sénateur présent sur le plateau a évoqué que la TCFE (Taxe sur la Consommation Finale d'Electricité) qui est prélevée sur les factures, est destinée à alimenter ce besoin. Je ne suis pas certaine que cela suffise, loin de là, et je pense que le moment venu les clients énergétiques (c'est à dire tout le monde) seront contraints de mettre la main à la poche, puisque la maison-mère fonctionne dans une sphère différente des autres entreprises économiques qui alimentent notre société dans son ensemble. 

On ne peut pas aborder ce sujet du mythe nucléaire sans parler du projet inique d'Hinkley-Point au Royaume Uni. Ce projet a fait l'objet d'un accord de Bruxelles sur le mécanisme financier des aides à apporter à EPR Energy Hinkley-Point. C'est cela qui a donné issue à ce projet en total décalage alors qu'à présent, le Royaume Uni est en plein Brexit. Le budget initial annoncé est de 22 milliards € pour une durée de vie de 60 ans. EDF Energy a obtenu un acord de revente (prix d'exercice) du MWh à 117€. En 2014, ce prix représentait plus du double celui du marché courant. C'est dire si nous marchons sur la tête! Il s'agit d'un prix indexé et si cet index s'avérait plus élevé, ce serait EDF Energy qui devra payer la différence au RU. Là encore, nous voyons bien que notre Grand Maitre EDF avait décidé de jeter toutes ses forces dans un ghetto d'où il n'a pas vraiment de chance de sortie. Pourquoi? Là encore, c'est la fuite en avant avec un "pare feu" qui s'appelle l'Etat. 

Valérie Faudon, pourfendeuse d'un soir du systéme nucléaire, s'en est allée sur une envolée environnementale déplacée, en nous affirmant, par exemple, que le nucléaire est une des très rares solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Rien que çà. A cela, nous pourrions lui rétorquer que les ENR ne comprennent pas l'énergie fossilisée à base d'uranium. Et que, dans la plupart des pays de l'OCDE l'orientation nucléaire décline à vue d'oeil. Mais que ce n'est pas en défendant l'indéfendable qu ' EDF retrouvera sa "paix civile" mais en acceptant que la politique énergétique de la France est définie par le Parlement, dans le seul intérêt des citoyens-payeurs.

Claudia SAINT-PAUL

Environnementaliste indépendante.