François LAMY

François LAMY - (ex Ministre délégué à la ville et ex Maire de Palaiseau)

DES PAROLES OU DES ACTES ? 

Le feu aux poudres : la consultation d'entreprises par l'Etat pour exécuter la démolition des barrages, qui est réfutée par l'ensemble des populations de la vallée de la Sélune et du sud-Manche réunis. 

Très souvent, des paroles sont prononcées à la cantonade par des politiques, sans que nous y apportions un réel intérêt tant elles nous paraissent mesquines, incongrues ou tout simplement sans véritable portée. Mais la phrase de François LAMY a une portée beaucoup plus large que son auteur pouvait l'imaginer. C'est tout simplement cette petite sonate que je souhaiterais développer auprès de vous chers lecteurs de notre blog, car pour nous les défenseurs du maintien des barrages de VEZINS et de La ROCHE QUI BOIT, finir noyés est une issue que nous ne souhaitons pas vraiment. 

Pourtant, si nous suivons assidûment les facéties des gens qui nous gouvernent, c'est notre destin. Nous finirons tous asphyxiés dans le reste de vase de feu le barrage de Vezins, comme ces poissons isolés en fin de vidange. 

Oh, je le sais, certains esprits retors, ceux qui pratiquent avec délectation les intrigues, vous diront exactement l'inverse. Ne vous alarmez pas mon bon, je vais vous administrer un calmant. Je vous fais des fausses promesses, vous atteindrez un état second qui vous permettra, dans le plus grand calme, de mieux supporter l'injection létale que je vous administrerai le moment venu. 

Mais quelle est cette injection létale ? Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit des produits que l'on administre aux condamnés à mort dans les prisons de nos grands amis libéraux américains. C'est, parait-il, beaucoup plus doux que la chambre à gaz ou la chaise électrique. Justement, parodie oblige, voici deux éléments constitutifs qu'ECOLOGIE NORMANDE proposent pour VEZINS, le gaz et l'électricité...Mais là s'arrête cette comparaison malsaine. 

Que font nos élus et que fait notre Etat ? Mis à part les 120 élus du sud Manche qui ont eu le courage de signer cette lettre de protestation auprès du Ministre d'alors, Nicolas HULOT, nous pouvons affirmer "RIEN" qui n'aille dans le sens logique de l'intérêt collectif d'un territoire et même d'une Nation. Nous sommes de plus en plus à penser que nous nous trompons sur le choix de nos élus car, une fois assis sur leur fauteuil resplendissant, ils se prennent pour Dieu le Père, pour Allah ou pour Vishnou et dirigent leurs ouailles d'une main de fer dans un gant de velours. Plus douceret, parait-il. 

Je reprends toujours à mon compte les actes (les vrais) de nos pères fondateurs de la Démocratie Athénienne au VI° siècle avant JC. Nous sommes très éloignés de celle-ci. A cette époque, le "mandat" (il s'agissait déjà de cela) pouvait être cassé, parfois brutalement, à cause des manquements ou du non respect des termes de ce dernier. Hélas, nous en sommes très loin. Louis XIV , le Roi "soleil" disait "L'Etat, c'est moi..." Il nous avait pourtant semblé que la Révolution de 1789 était passée par là, y compris tous les méandres des 19° et 20° siècles. En 2018, je décide et tu la fermes...! Le citoyen n'a pas à avoir de vicissitudes sur son existence, surtout dès lors où celles-ci peuvent mettre en cause les décisions prises (mêmes décalées ou incompréhensibles) par ceux qui ont le pouvoir.

Nous constatons, avec désolation et regrets, que le peuple n'est utile que dans le renforcement de politiques illusoires et à contre-courant. Nous le voyons poindre avec les prochaines élections européennes qui verront triompher tous les populismes; cet état ne serait autre que la réponse de l'instant au libéralisme archaïque et lobbyiste que certains de nos élus n'ont de cesse de soutenir et d'entretenir par leurs actes et souvent, leur lâcheté politique. 

Si on en reste là, oui, VEZINS sera démentelé et détruit. Adieu toute recomposition économique locale, adieu tout respect des traités internationaux sur le climat, adieu la loi sur la transition énergétique, adieu au droit à la parole "sacrée" du citoyen. Mais bonjour à la transformation sédimentaire de la Sélune, bonjour au renouveau des excès du fleuve Sélune et bonjour aux inondations en aval sur Ducey et sur Poilley. Comme le disait François LAMY, "à force de rompre soi-même les digues, on finit noyé". En d'autres termes, ce serait l'histoire de l'arroseur arrosé. 

Enfin, je dis haut et fort que les comptes se feront dans 18 mois, en mars 2020, lors des Municipales et communautaires. Certains, sachant déjà qu'ils n'auront point besoin de costumières, auront au préalable, par lâcheté peut-être, pris ce que nous appelons communément une tangente. Les autres, plus courageux, accepteront les reproches au risque de se voir désavoués, et enfin les autres, ils sont nombreux, pourront se dédier à une politique nouvelle prioritaire pour leur territoire. Dans cette catégorie, se nichera l'immense masse de jeunesse avides de rester au pays pour y travailler et refaire de ce sud Manche une pépinière économique où il deviendrait plus facile de trouver de la main d'oeuvre heureuse de vivre enfin au pays. 

Après un été chaud, une pénurie dramatique d'eau qui pointe son nez, l'hiver s'annonce rigoureux à tous points de vues, mais le début du printemps sera probablement houleux. La disparition des barrages est encore ancrée dans le disque dur de ces décideurs d'un autre temps. En 2017, l'avènement du Président MACRON nous avait paru salutaire, sur beaucoup de points. Un an et demi plus tard, je fais partie de ces millions de déçus  dont la vague va aller croissant. Certes, il reste encore 3 ans pour redresser cette barre plutôt flexible, mais pour notre territoire, si les barrages disparaissent, nos positions resteront inflexibles tant cette injustice serait ancrée pour toujours dans un destin qui ne serait pas le nôtre. Nous invitons l'ensemble des citoyens séluniens à examiner l'ensemble des cartes sur la table et faire un tri sélectif entre ceux qui avancent ouvertement leurs propositions et qui n'en changeront jamais ou ceux qui donnent l'impression d'être favorables au maintien mais qui participent ouvertement au démentèlement programmé. 

Nous ne voulons plus de PAROLES, mais nous voulons des ACTES. 

Bonne journée.

Pierre JUHEL

ECOLOGIE NORMANDE