voiture électrique

Carlos TAVARES, Président du Directoire de PSA et les voitures électriques -

 La période du Mondial de l'automobile à Paris donne des idées et surtout permet à beaucoup d'opérateurs de ce secteur "mobilités" de donner leurs avis. Ce mercredi, c'est le Président du Directoire de PSA qui abordait la question. Certains, et nous le comprenons, vont user de leur contradiction pour avancer le côté diéseliste du Groupe PSA. Mais en y regardant de plus près, nous comprenons la combinaison de ses inquiétudes économiques et écologiques. Par certains côtés, nous partageons volontiers son avis sur un développement incontrôlé de ces véhicules qui ne remplissent pas tout ce dont nous sommes en droit d'attendre sur le coût réel du carbone. 

De là à dire qu'une voiture électrique a un prix de revient carbone identique à celle d'un moteur thermique, il y a un grand pas que nous ne franchirons pas, notamment sur les impacts environnementaux indirects. OUI, nous sommes totalement d'accord sur la production des batteries dont les matières premières ne seront pas assurées dans le temps et, d'autre part, le recyclage de celles-ci reste encore imprévisibles. Toutes proportions gardées, ce recyclage est aussi complexe à ingurgiter que celui des déchets ultimes provenant des centrales civiles nucléaires. Notre conclusion, en l'espèce, est de dire NON à une généralisation du tout électrique pour l'ensemble des mobilités du futur. 

Cela s'explique aussi, de prime abord, par l'impossibilité de produire de l'électricité en GWh suffisant pour alimenter les bornes de recharge, effectivement installées à grands frais partout en France. Si nous devions maintenir ce cap, il faudra non seulement abandonner l'idée de fermer les centrales nucléaires mais aussi de construire 5 à 6 EPR, nous amenant au bas mot en 2150. Déjà, en 2018, nous sommes incapables de solutionner une méthode de traitement des déchets ultimes, alors qu'en sera t-il en 2150 ? La question est sur toutes les lèvres mais personne vraiment ne fait avancer la moindre solution utile et protectrice. Aussi, avant de généraliser cette technique de mobilité, penchons-nous (selon le PPE en préparation) d'abord sur le (ou les) types de production "durable" de nos énergies. Nous avons, hélas en France, la fâcheuse habitude de commencer par la fin et ne jamais tenir compte de nos possibilités réelles productives, tout comme le français, en général, dès-que nos dirigeants annoncent une réforme importante, il doit y avoir un résultat immédiat. C'est le cas, par exemple, de l'économie et du taux de chômage....lequel devrait baisser immédiatement, comme par miracle. Tout cela pour dire, haut et fort, que TOUT se réfléchit, s'instruit, se discute et enfin se décide. En France, ce n'est pas le cas...!

Que sera l'énergie majeure de demain ? L'électricité à coup sûr. Mais comment la produire, sans entraver la vie de nos enfants? Comment organiser ces productions sans mettre en cause la Charte de l'environnement inscrite depuis 2005 dans la réforme constitutionnelle? Il y a quelques années (2002) sous la présidence CHIRAC, on avait lancé ce grand projet du futur ITER sur le site CEA de Cadarache où la production d'énergie se ferait sur le plan d'une "fusion nucléaire" extraite du soleil et de la mer. D'abord, ce projet d'études subit de nombreux retards, à l'instar des EPR, et par ailleurs, de nombreuses questions restent en suspend sur la sécurité des populations et des pays les plus exposés. En fait, cette technique de pointe géniale risque de se voir accaparée par des puissances militaires pour produire ne serait-ce que la Bombe H. 

Nous sommes encore très éloignés de la solution finale. Alors, prenons le temps nécessaire pour solutionner l'ensemble des problèmes rencontrés. Ce qui pourrait permettre aux scientifiques de mettre en place des solutions techniques réellement durables, y compris en tenant compte des déchets radioactifs. Le cas de l'ANDRA à BURE qui consiste à stocker ces déchets en grande profondeur n'est pas encore réglé, alors que celui-ci a été initié par la Loi Bataille de 1991. En France tout va au rythme du "lapin et la tortue", sachant que la tortue est l'émoticone des services français; trop facile de rejeter le "bébé avec l'eau du bain" sur les organisations environnementales. Pourtant, sur ce plan précis, nous pouvons entrevoir un espoir qui vient du nouveau Prix NOBEL français, Gérard MOUROU, accompagné de sa collègue canadienne Donna STRICKLAND. A eux-deux, ils sont parvenus à élaborer une méthode de génération d'impulsions optiques ultra-courtes de haute intensité. Cette technique, selon eux, laisse entrevoir la possibilité de ralentir les atomes. Lors de sa conférence de presse à l'Ecole Polytechnique, le 2 octobre, à partir de sa découverte, il pressent une solution pour le traitement des déchets radioactifs par technique laser. Ce qui, selon lui, permettrait de réduire la durée de vie de ces déchets d'un million d'années à 30 minutes. La transmutation nucléaire serait-elle à nos portes? 

Une maitrise plus sérieuse des "ultimes" pourrait permettre au monde entier d'envisager plus sereinement une vie "écologique". Pour autant, que personne ne se gargarise avec ces avancées car dans ce cas, celles-ci devront strictement servir une transition de dénucléarisation durable. Quant aux mobilités de notre quotidien, ECOLOGIE NORMANDE plaide à nouveau pour que s'instaurent des unités de production d'hydrogène décarboné sur les barrages hydroélectriques. La première d'entre elles devant se créer au plus vite sur le site de VEZINS (50) que l'Etat français veut détruire à tout prix pour favoriser la circulation de quelques saumons. Là encore, la France marche sur la tête et bientôt, à ce rythme, elle sera prise de céphalées douloureuses, mais ce jour-là, il n'y aura plus de docteurs pour soigner ses composantes. 

Notre conclusion à propos des mobilités

Comme le dit l'article de Carlos TAVARES : > la paranoïa du diésel ne concerne que les automobiles. Les poids lourds, les autocars ou les navires en sont exclus. Pour exemple, les 40 plus gros navires-cargos du monde polluent autant que l'ensemble des 760 millions d'automobiles de la planète. Ces 40 navires font partie d'une flotille de 3 500, auxquels il faut ajouter les 17 500 tankers qui composent l'ensemble des 100 000 navires qui sillonnent les mers.  La flotte de plaisance française est d'environ 500 000 unités dont 5 000 yachts de plus de 60m et que le plus moyen d'entre eux brûle environ 900 litres de fuel / heure. A cela, il faut y ajouter les flottilles de pêche et les 4,7 millions de poids lourds en transit à travers la France et les milliers d'avions qui sillonnent le ciel. 

La réalité dépasse la fiction. Le chantier qui s'ouvre est gigantesque et concerne les deux générations en cours. Si les voitures individuelles électriques à elles-seules ne peuvent régler le problème, ce n'est pas pour autant que nous devions orienter notre industrie dans ce sens, au risque de poursuivre le nucléaire pendant des siècles. Nous devons opter pour le mix énergétique salutaire, à savoir électricité et hydrogène décarboné. D'ailleurs, nous sommes déjà dans cet optique depuis la loi du 17 août 2015 sur la transition énergétique pour une croissance verte. Les bureaux d'études sont à l'oeuvre pour les camions et les navires. Concernant les trains, Alstom et Siemens ont mis en circulation, en Allemagne, le premier train à hydrogène. Sur ce plan, il reste toutefois un grand handicap, celui de la production à l'échelle industrielle. Les grands lobbyistes français freinent des deux pieds pour retarder cette idée géniale qui leur déplaît financièrement. 

Dommage pour les populations, dommage pour la santé et surtout dommage pour notre planète. 

Pierre JUHEL