les écolos abandonnés

L'AGRICULTURE VITRINE DE L'ECONOMIE SOLIDAIRE

Ce week end, à Paris, s'ouvre le Salon de l'Agriculture. Grande fête agricole de France, moment où les petits parisiens vont découvrir cette basse-cour qui leur est inconnue pour la plupart. Cette année, les organisateurs ont choisi un thème très porteur  "L'Agriculture vitrine de l'économie solidaire". C'est pourquoi nous n'avons pu résister à écrire ces quelques lignes afin que les lecteurs de notre blog comprennent combien, en Normandie comme ailleurs, les paysans sont très importants à notre équilibre économique vert et à une implication durable de notre VIVRE ENSEMBLE que nos pouvoirs successifs ont eu tendance à classer dans des chapitres réducteurs. La tenue de ce salon est la porte ouverte, nous l'espérons, à l'inversion souhaitable de cette facheuse orientation et, comme le diffuse le thème choisi, la Solidarité

Tout d'abord, il nous faut rappeler combien les paysans sont utiles dans notre ruralité dont ils sont les principaux acteurs. Qui, mieux que les paysans, sont habilités à transformer utilement les paysages qu'ils entretiennent en "bon père de famille"? Mieux, ils en sont les garants. Imaginons un instant une généralisation des fameuses "fermes de 1000 vaches"; ce serait le tocsin assuré pour notre attractivité dans les régions. Si la culture de la terre doit être un acte de profit, celui-ci doit se circonscrire en des termes économiques acceptables pour la société dans son entier. Il nous faut rappeler les aspects positifs de l'agriculture en France, car si ce secteur est encore perfectible, nous notons qu'en 2018, le produit intérieur agricole a été de 73 Mds € et que l'excédent de ce même exercice se situe à 6,6 Mds €. Ces résultats financiers devraient permettre de faire reculer l'esprit "agri-bashing" que nous constatons encore de nos jours. Pour une montée en gamme et la mise en oeuvre des certifications HVE (Hte Valeur Environnementale) des investissements sont indispensables; ne reproduisons pas les erreurs commises il y a 30 et 40 ans à propos de la chute de notre industrie. 

Cela ne doit pas nous faire oublier les dossiers plus ou moins négatifs rencontrés par la filière. Et la Normandie agricole est particulièrement concernée. Pour exemple, il nous faut revenir sur les nouvelles A.O.C notamment pour notre fameux camembert qui, avouons-le, avait subi une rétrogradation qualitative dans les ex AOP, lesquelles ont emmené le consommateur dans une "révolution de palais" trompeuse. La nouvelle AOC a rétabli quelque peu ce "sensitif du goût" face à des industriels qui n'ont qu'un seul objectif, le profit. Si nous comprenons le carcan dans lequel ceux-ci sont "ligotés" au plan de l'export, nous ne comprendrons jamais que l'on rétrograde notre attractivité gustative séculaire au profit d'un produit de bas niveau et sans intérêt. Gageons que les années nous donnerons raison et que le Camembert traditionnel moulé à la louche prendra enfin toute la place qui lui revient.

Dans le même esprit, s'engage une autre partie de poker, la reconnaissance du "Vrai boeuf Normand". Il est fort à parier que cette initiative, bienvenue sur le fond, va rencontrer toutes les vicissitudes possibles : l'Europe, les industriels, les Vegan....etc. Pourtant le trafic récent de viande polonaise avariée devrait nous faire réfléchir. La France est un pays où les contrôles sanitaires sont bien rôdés, et c'est tant mieux, mais à chaque virage un trafiquant veille, comme celui qui a concerné, il y a quelques années, le trafic de viande de cheval en provenance de Roumanie (affaire Spanghero). En 2019, les agriculteurs ont besoin de sérénité professionnelle, en cela la nouvelle génération tisse peu à peu des liens de confiance avec la population en développant une transition agroécologique qui consiste à produire mieux sans pour autant produire plus. Les nombreux circuits courts sont là pour en attester. C'est alors que notre belle région normande doit jouer son rôle primordial de vitrine solidaire qui va jeter l'injuste "agri-bashing" hors des clous.  

Autre point sensible, celui des prix payés par la distribution aux récoltants. Il y a bien eu cette démarche de la loi "alimentation" mais, reconnaissons-le, les effets positifs sont à découvrir. Les grands distributeurs et l'Etat semblent nous conter un avenir merveilleux mais comment imaginer que ces grands spécialistes du profit acceptent durablement de faire des efforts pour les autres? Cela ne s'est jamais vu; d'ailleurs nous pointons ci-et-là des compensations tarifaires hors produits agricoles dont le seul consommateur sera le déficitaire sauf à ce dernier de changer ses modes de consommations. La clé est probablement ici

Concernant l'agriculture de demain, ECOLOGIE NORMANDE (**) travaille le sujet. La grande orientation que nous souhaitons, outre le bio et la permaculture, ce sont la diversification des assolements, les cultures associées aux légumineuses, l'introduction d'espèces variées en limitant les adventices et attirant les prédateurs (limitation des pesticides). ECOLOGIE NORMANDE préconise de revenir aux bases scientifiques agricoles (diversification, maraîchage, agro-foresterie) et éviter les modèles agricoles destructeurs de lombrics, indicateurs de la fertilité des sols. L'objectif : promouvoir des modèles valorisant nos agricultures; structurer une agriculture des marchands et une autre de proximité (circuits courts).

Faisons confiance à nos jeunes agriculteurs, acceptons de bon gré les efforts fournis par une profession en mutation et achetons leurs produits. La France a besoin de ses agriculteurs, c'est le sens de notre article. Vive le VIVRE ENSEMBLE agricole en Normandie. 

Pierre JUHEL  (Président)

ECOLOGIE NORMANDE

 

(**) Daniel LECONTE - Ingénieur INRA - Le Pin au Haras / ex Directeur du Domaine expérimental Fourrager du Vieux Pin.