OK Coral

A  OK SELUNE...!

VEZINS rayé de la carte, c'est la porte ouverte en grand pour que chacun puisse s'exprimer sur ce sujet délicat qui nous aura tenu en laisse pendant quinze longues années; une demie génération certes, mais c'est surtout 100 ans qui sont balayés par une caste d'inconscients. Comment peut-on tuer ce que l'on a admiré hier et surtout ce qui a servi pour le bien de notre développement collectif? Comment peut-on avoir si peu de reconnaissance pour cet ingénieur extraordinaire (Albert CAQUOT) qui a oeuvré dans le monde entier, y compris sur le Christ du Corcovado à Rio? Nous sommes tous traversés par une douleur extrême en voyant cette indifférence malsaine qui enveloppe certains de nos congénères. 

La question essentielle qui se pose désormais est celle-ci. Pourquoi en est-on arrivé à ce stade? Pourquoi il n'y a jamais eu de réelles disccussions entre les pouvoirs publics (Etat et EDF), les élus et les citoyens? Certains représentants de l'Etat vous diront qu'il y a bien eu ces échanges; mais de quels échanges y eut-il réellement, alors que la décision était prise bien en amont de réunions "organisées" par les décideurs du "haut lieu". Pour étayer mon propos, je reprendrai les termes de l'ex Ministre Nicolas HULOT, dans son discours des voeux du 22 janvier 2018, à savoir : "une grande leçon à tirer, celle de ne plus insulter l'avenir en oubliant de consulter les citoyens avant même que la décision ne soit prise, comme c'est bien trop souvent le cas quand on parle de projets d'aménagement du territoire dans notre pays". Cette phrase est à rapporter, selon le Ministre, de l'affaire ND des Landes, mais que l'on peut rapprocher de tout projet en France. Dans ce même document, le Ministre parlait également de mettre en place une "démocratie éclairée" qui évite le piège des blocages. Rien de tout ça; alors pourquoi cela n'a pas fonctionné?

1) En tout premier, c'est la sacro-sainte règle du dominateur sur le dominé, qui consiste à dire (et faire) "je pense, donc je suis...je fais...donc on ne discute pas". Cette sacro-sainte règle s'appelle aussi "passage en force". 

2) L' Etat, dans sa grande humilité bien connue, ne souhaite jamais associer des groupes dits de pression, au risque de voir ses desseins contrariés.

3) Dans cette bien triste affaire, que beaucoup découvriront après l' arasement, il faut que chacun se rende compte du jeu de l'Etat, poussé par sa filiale EDF, qui a consisté à inventer toutes sortes de bien-fondés imaginaires et les faire circuler en direction de quelques élus un peu crédules. Sur ce point, la fameuse "méthode Coué" a bien fonctionné, au point que certains élus, pourtant profondément favorables au maintien, se sont senti envahis par les fourmis de nos gouvernants. Heureusement, pour ceux-là, l'antidote n'était pas loin. 

4) Nous sommes un certain nombre à connaitre la véritable histoire de cette affaire, débutée au moment de l'élaboration du Grenelle de l'Environnement et de l'EPR de Flamanville 3, en 2007. Face aux nombreuses levées de bouclier provenant des grandes associations écologiques nationales, fédération nationale de pêche, EDF et l'ETAT (la même entité de fait) se sont engagés envers ces opposants anti-nucléaire, en leur apportant une garantie "taille patron". Cette garantie s'est appelée VEZINS et Sélune. Cette même proposition s'accompagnant de promesses financières pour leur territoire, allant même jusqu'à affirmer que l'Europe allait payer...!!! (??). Le Grand n'importe quoi. Comment imaginer que l'UE allait ouvrir des robinets sans s'interroger, alors que des plombiers avaient déjà commencé à scier ces mêmes robinets? Comment les services de Bruxelles pourraient se laisser engouffrer dans la trappe souricière alors que l'Etat français avait tout fait pour organiser une sur-transposition de la Directive sur l'eau, favorisant la destruction des barrages et le renvoi de la Sélune à sa période du Pliocène sans tenir compte un seul instant de l'économie si compliquée à faire perdurer sur ce territoire. 

5) Au moment du Grenelle de l'Environnement (2007-2008), qui parlait du changement climatique? Quasi personne. Qui nous parlait d'une montée des eaux dans la Baie du Mont St Michel? Idem. Sauf quelques scientifiques rabroués par le volontarisme obsessionnel de certains, et opposés à toute idée écologique. Qui nous parlait des sécheresses et des besoins de grandes étendues d'eau qui deviendront indispensables dans l'avenir? Personne, même l'agriculture était plutôt silencieuse à cette époque. Il est bien connu que les réactions importent dès-que nous avons les pieds dans l'eau parfois même jusqu'au menton. Je voudrais mettre les choses en perspective en rappelant quelques erreurs administratives de notre Etat. D'abord la catastrophe de Vaison-la-Romaine (38 morts en 1992) et celle de Xynthia (47 morts en 2010). A chaque fois, l'Etat a été jugé responsable par manque de lucidité. Ce dernier ne pourra jamais se dédouaner quand une nouvelle catastrophe viendra salir la vallée de la Sélune. Les fautes, alors, deviendront personnelles et les noms des responsables circuleront. On ne peut plus laisser l'avenir environnemental de nos concitoyens entre les mains d'irresponsables. Il fallait le dire haut et fort AVANT qu'il ne soit trop tard. 

6) Le plus important peut-être, parlons sédimentations. Aucune étude indépendante sérieuse par des vrais spécialistes de ce secteur, n'a été effectuée. Pourtant, nous sommes dans la Baie du Mont St Michel où les marées sont les plus hautes d'Europe et que la "Merveille de l'Occident" a fait l'objet de travaux pharaoniques ces dernières années (financés en partie par l'Europe), et que ces travaux avaient précisément pour objet de contrecarrer les transformations sédimentaires de la Baie, et ajuster au mieux les profils des embouchures des 3 fleuves (Couesnon, Sée et Sélune). Pour cela, des nombreuses études sédimentaires ont été menées par des spécialistes, mais ces études qui ont été menées il y a plus de 20 ans ne tenaient pas compte du réchauffement climatique et des conséquences sur la montée des eaux, d'une part, et l'absence des 2 barrages sur la Sélune, d'autre part, n'a jamais été évoquée. Cette absence, à présent, du seul fait des possibilités de la montée des eaux dans l'avenir, aurait dû alerter les prétendus "responsables/organisateurs" de ce dossier, y compris de passer la main à des spécialistes reconnus. Mais comme souvent, en France, la règle est proche de la "demie mesure" bâtie sur le vieux principe "attendre et voir". Même au plan sécuritaire des citoyens, le PPRI qui a été proposé est une "Fable de La Fontaine" des temps modernes. Curieusement, dans le document qui a été soumis au public, les citoyens ne sont jamais mis en situation à cause de l'absence des barrages. C'est bien là une preuve de la volonté d'éluder les risques "inondations", qu'elles soient décennales ou centenales, cela ne restera qu'une supercherie de petits experts plus ou moins patentés. La vérité est que l'on doit retenir "OUI, il y aura des inondations" ou NON, il n'y en aura pas. Evitons les blas blas superflus sur ce sujet car les biens immobiliers, eux, sont voués à une réduction drastique que tous les citoyens vont subir de plein  fouet, sans le moindre recours de l'Etat. Cela se nomme des "SPOLIATIONS" et personne n'échappera à cette loi du marché de l'immobilier que nous rencontrons partout en pareil cas. 

7) L'organisation même de ce chantier de destruction "honteuse" n'échappera jamais à nos vicissitudes tant la programmation ne reflète aucun professionnalisme. Je dirai même que si, dans ma carrière dans le privé, j'avais organisé un tel chantier dans un tel cahin-caha, ma direction m'aurait licencié sur le champ, et à juste raison. En effet, l'arrêté préfectoral programmatique du 29 octobre 2018 (phasages 2018-2019) n'est pas respecté, alors que celui-ci avait de bonnes raisons d'avoir été élaboré. Il nous faut noter aussi l'absence totale du respect du Code de l'Environnement à propos des amphibiens volontairement prélevés à tort, et de la destruction systématique des habitats des diverses espèces protégées sur le cours de la Sélune, en aval du barrage de Vezins, à cause d'un embourbement sédimentaire  sur toute la longueur du lac de la Roche qui Boit. 

En fait, il nous faut constater que ce chantier, annoncé comme exemplaire, est un immense "Désordre" que le BTP ne pourra jamais s'énorgueillir et surtout le porter en référence. Avec de tels gestes contraires à toute éthique professionnelle, comment peut-on faire confiance à cet attelage Maitre d'ouvrage/Maitre d'oeuvre/entreprises ??

8) Enfin, nous ne pouvons passer sous silence la fabuleuse facture qui attend les contribuables du sud Manche et les marchés passés au nom de l'Etat (VINCI / CHARIER et les sous-traitants) sans oublier cette addition qui attend les habitants dans les années à venir, à propos d'une renaturation illusoire qui endettera encore plus cette sous-région normande. Nous savons depuis longtemps que l'Etat n'est pas un stratège sur le plan technique; c'est aussi pourquoi, personnellement, j'avais applaudi lorsqu'à été créée la structure "France Stratégie" dépendant des services du Premier Ministre. Ayant décidé d'écrire à France Stratégie en juillet 2017 pour présenter les aléas de ce dossier, j'ai compris pourquoi aucune réponse ne m'a été apportée. La parole est d'argent, mais le silence est d'or...! C'est ainsi que l'on applique le "passage en force".  

Pierre JUHEL

ECOLOGIE NORMANDE