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OU La GUERRE DES MINISTERES

Ce lundi 29 juillet, le journal LES ECHOS, sous la plume de Joël Cossardeaux, a fait paraitre un article à l'intitulé pour le moins ravageur "La sécheresse risque de rallumer la guerre des barrages".  

Celui-ci nous démontre parfaitement l'existence d'une guerre interne fratricide entre deux ministères "Ecologie et Agriculture", à propos du développement futur des retenues d'eau dont le milieu agricole se fait le défenseur. 

D'un côté, Didier GUILLAUME, à l'agriculture, plaide en faveur de la création de retenues "multi-usages", prétextant notamment l'échec de SIVENS (2014). Le même Ministre de l'agriculture, vient d'adresser une instruction dans tous les départements pour autoriser la construction de ces retenues, en invitant les parlementaires à prendre l'initiative. Il va encore plus loin, en affirmant que le Gouvernement sera preneur d'une proposition de loi en ce sens. C'est une petite révolution interne...! Le Ministre précise également que peu de projets résistent aux contentieux par les grandes associations environnementales. France Nature Environnement (FNE) y est citée et le Ministre  d'ajouter qu'il faut "ferrailler dur" sur le terrain juridique pour sauver la plupart des projets. 

Si Gérard LARCHER, le Président du Sénat, se réjouit de la sortie dogmatique de la gestion de l'eau (dixit), sa franche approbation aux propos du Ministre de l'Agriculture tranche manifestement avec les positions des fonctionnaires de l'Environnement, appuyées par celle de FNE qui, cela dit en passant, réfute la lecture de l'instruction pourtant jugée comme étant le véritable fil rouge des projets de territoires pour la gestion de l'eau. 

La création de ces retenues d'eau correspond à un besoin réel et avéré, mais nous voyons bien que ce fil rouge est très éloigné de celui d'Ariane. Les tout-puissants fonctionnaires de notre Etat et leurs diffuseurs Préfectoraux en régions ne l'entendent pas ainsi. Cette instruction du Ministre sera jugée comme abusive et il est fort à parier que le bien fondé de Didier GUILLAUME ne survivra pas à la cécité des décideurs parisiens. Ici, aux bords de la Sélune, nous payons le prix de cette cécité, accompagnée d'inactions en tous genres et souvent d'élucubrations contraires à toute logique. Emmanuelle WARGON, la secrétaire d'Etat à la Transition Ecologique, parle plus d'une disposition visant à économiser l'eau, ce qui sous-entend que la création de bassins nouveaux, en fonction des versants, n'est pas d'actualité. Nous n'en sommes pas surpris. 

Le verrouillage ministériel fonctionne plus que jamais; je le répète, notre passage au Ministère en janvier 2019 nous a ouvert les yeux sur le réel fonctionnement de celui-ci. Outre le fait que la politique dans les térritoires doit rester à Paris, dans les méandres poussiéreux d'un pouvoir qui se confond souvent avec des grandes structures para-gouvernementales (FNE par exemple, mais pas que), il nous faut constater que des pans entiers de populations, en régions, vont finir par crever à cause de l'inconséquence fâcheuse de "ces gens là".

La guerre des Ministères aura t-elle lieu? Non, car elle existe déjà depuis des lustres. Elle s'amplifie au fil du temps et nous, les citoyens locaux, serions bien inspirés en nous retirant de ces dialectiques sourdes et aveugles. 

La guerre des barrages aura t-elle lieu? OUI, car l'entreprise dominante du secteur (Etat à 87%) ne tient pas à ce que l'on vienne marcher sur "son propre gazon". Sur ce point précis, la lutte avec la Commission européenne est très tendue. Y aura t-il un survivant? Oui, certainement, mais lequel? Je ne m'avancerai pas sur ce point.

Pierre JUHEL

ECOLOGIE NORMANDE