Venise

AU TEMPS DE SA DISPARITION...

(**) Paroles de Françoise DORIN et interprétation musicale de Charles  AZNAVOUR. 

Le climat, encore lui, et à VENISE, c'est encore plus d'actualité qu'ailleurs dans le monde. Encore que...!? Prenons le cas de notre Baie du Mont-Saint-Michel et nous pourrions y trouver de nombreuses similitudes. Lesquelles? 

Par exemple, une situation géographique, au fond d'une baie, connue et reconnue pour ses influences maritimes majeures, et surtout des incertitudes sur l'avenir de ces deux sites mondialement connus par les touristes et reconnus par l'UNESCO. VENISE et le MONT St MICHEL, sont entourés de bras de fleuves amenant des tonnes de sables et de vases particulièrement préjudiciables pour la pérennité des deux ouvrages. Si le MONT est construit sur un rocher qui, à priori, donne une certaine "sécurité" illusoire, il n'en est pas de même pour VENISE, construite au VI° siècle sur un ensemble vaseux, la LAGUNE. D'ailleurs, sur cette lagune vénitienne, inconstructible par définition, l'homme a commis ses méfaits en voulant contredire l'état "naturel" sablonneux de cette région. D'abord en contrariant abusivement les rejets du fleuve Pô et ses millions de tonnes annuelles de rejets sédimentaires et surtout, par voie de conséquence, en y construisant l'impossible. La ville et ses ouvrages sont réalisés à partir de pilotis en chêne et mélèze qui résistent, pour les principaux, depuis 1400 ans. 

Les RISQUES -

> VENISE : sur le plan sédimentaire, les deux sites encourrent des risques identiques, l'accumulation et l'envasement à terme de la lagune ou de la baie. Ce phénomène est aggravé par les changements climatiques et les pluviométries abondantes. Les prévisions GIEC (encore eux n'est-ce-pas?) sont très pessimistes : + 0,60m en 2050 puis de +1,50m à + 10m vers la fin du XXI° s. L'Adriatique, faisant partie de la grande mer Méditerranée, est en fait un immense golfe en longueur, peu ouvert par le sud au détroit du canal d'Otrante. Les études bathymétriques montrent des effets négatifs sur la durabilité "éternelle" de cette mer Adriatique. Les hauts fonds semblent se relever et l'effet "bassine" risque à terme de condamner sa praticabilité maritime, surtout pour les giga paquebots à touristes, qui provoquent des remous dangereux pour la vie du lagunage. En fait, nous pourrions comparer la disparition effective de la Mer d'Aral en Asie centrale, quasi disparue à cause de la main de l'homme, avec celle que nous pourrions anticiper en Adriatique et pour les mêmes sujets. La plupart des hydrologues mondiaux sont unanimes pour affirmer que les inondations à Venise sont liées au changement climatique. Que font les autorités vénitiennes ? Elles ont "inventé" le projet MOSE qui consiste à isoler la lagune de l'Adriatique en cas de montée des eaux. Un système complexe de vannes dont les limites extrêmes sont déjà connues. Ce projet, décidé dans les années 70 semble être atteint de reculades tant les limites sont déjà atteintes. En fait, il faudrait lutter à armes inégales contre les effets naturels et les éléments. En France, nous appellerions cela l'effet "SHADOCKS". 

. Sur un autre plan, celui des plaques, en Adriatique, nous sommes en présence d'un risque de soulèvement tectonique avec la plaque africaine.Toute cette partie sud de l'Europe, et méditerranéenne, est en mouvement perpétuel. Elle risque de compliquer les solutions pour les siècles à venir. Les effets plaques conjugués à l'effet bassine risquent de conduire à l' effacement maritime de l'Adriatique. 

> Le MONT St-MICHEL : Un peu de Venise ici, notamment en ce qui concerne les sédimentations qui s'accumulent dans la Baie du Mont St Michel, accentué par les travaux de désensablement qui semblent accélérer le phénomène. Sachant aussi que nos "très chers dirigeants" , appuyés largement par les juges du TA de Caen, se refusent à envisager une idée qui pourtant nous crève les yeux. On démolit les barrages sur la Sélune, servant de régulateurs des crues qui vont s'accélérer en prétextant que le "principe de précaution" n'est pas avéré...Nous attendons de voir ce qui va se passer avant d'en juger l'opportunité. En fait, nous attendons le décompte des dégats à venir et peut-être aussi, hélàs, le nombre de morts. 

Une chose est pourtant certaine, comme en Adriatique, les hauts fonds remontent allègrement à cause de la vitesse de sédimentation des flux en amont (fleuves et rivières). Des pêcheurs basés à Granville me disent qu'ils ne vont plus pêcher dans la Baie du Mont, même en marées hautes, car le poisson n'y est plus présent, ou si peu. Voilà, comme à Venise, la main de l'homme qui transforme négativement la nature au point de rendre la durabilité impossible. Enfin, comme à Venise, le principal vecteur est le tourisme de masse, il rendra à terme la durabilité du site complètement faillible et inculte à toute pratique. Nous pourrions même déjà imaginer le retour de la forêt de Scissy, disparue, selon la légende, depuis le raz de marée de 709. Et pendant ce temps, Granville, porte nord de la Baie, se réjouit de l'opportunisme délirant de groupes d'élus béotiens qui tentent de faire croire au petit peuple que leur projet portuaire est en phase avec les éléments actuels et le futur climatique, le tout alimenté avec un GROS chèque d'argent public, organisé dans le cadre d'un AMI trompeur et décalé.

Donc, chers amis, que vous soyez à Venise ou dans le sud Manche, nous y trouvons des points communs. Nous aurions bien besoin de revoir l'inventibilité visionnaire d'un Léonard de VINCI, mais il est inutile de le chercher car celui-ci a disparu depuis 500 ans, sans postérité. 

CONCLUSION :  Sur ces deux sites remarquables les enjeux sont lourds et l'inconséquence des hommes risque de mettre à mal les économies locales. Pendant des années, notre croyance "basique" sur le réchauffement climatique se bornait à la fonte des glaces au Groënland, mais désormais, nous savons que la montée des eaux sera planétaire et feignons de comprendre les risques qui nous attendent. Nous sommes un peu dans une situation similaire aux prémices des hostilités des deux guerres mondiales passées, mais l'issue ressemble, à n'en douter, à celle de la bataille d'Azincourt. 

Quelle politique devons-nous accepter? Et cette politique, avec qui l'élaborer? De grâce, jamais avec des béotiens ou des laxistes...!  Reprenons en coeur les paroles de Françoise DORIN et les chants de notre ami Charles AZNAVOUR :

> Que c'est triste Venise,  le soir sur la lagune, quand on cherche une main, que l'on ne vous tend pas.

> On cherche encore des mots, mais l'ennui les emporte, on voudrait bien pleurer, mais on ne le peut plus. 

> Les musées, les églises, ouvrent en vain leurs portes, inutile beauté, devant nos yeux déçus. 

 

 Eric LUBITZER