Granville-sous-les-eaux-2Des OUVRAGES QUI S'IMPOSENT. 

Vat-on enfin comprendre le phénomène climatique dans sa plus grande dimension?

Depuis des années, l'on nous parle de cela mais les élus qui nous entourent ont toujours cherché à nous détourner de la réalité qui va nous encombrer pendant des siècles. Heureusement, il existe un tissus associatif performant qui se permet souvent de damer le pion à des élus si peu éclairés sur les risques que nous encourrons. Je voudrai citer en exemple, l'association "Un Avenir Avec les Saint-Pairais" qui a, lors de son assemblée générale annuelle du 7 décembre, organisé une conférence-débat exceptionnelle (plus de 100 personnes) avec un plateau fourni, je cite :

> Sophie POPOT, architecte urbaniste normande, très au fait des problèmes posés par l'approche du développement durable dans la conception des projets.

> Thierry PHILIPPE, Docteur en écologie appliquée

> Jean-Yves GRANDPEIX, chercheur au CNRS et physicien

> Manon VIGNES, Ingénieur Polytechnique, double master en sciences du climat et en politiques publiques du Dév. Durable.

Ludovic TOUZE-PEIFFERIngénieur Polytechnique, Doctorant CNRS, spécialiste des méthodes sciences du climat.

 Nous ne pouvons que féliciter cette magnifique initiative des dirigeants de l'UAASP, alors que nous sommes entrés dans un labyrinthe de contradictions administratives et d'applications sur la lutte contre le changement climatique. En fait, la grande majorité des élus, ou les prétendants, se rejoignent sur un discours universel qui consiste à affirmer une conviction "durable" parce que c'est le sens du moment, et de l'autre établissent des documents administratifs contraires à cette conviction (PLU - PLUI...). Voilà pour le constat administratif..!

Pire encore, les travaux de bord de mer sont minimisés pour mieux faire aboutir des projets structurants qui s'inscriront inévitablement comme contraires aux protections individuelles et collectives. Je veux parler de ce projet inique et mal conçu de l'agrandissement du port de Granville, dans les cartons depuis près de 20 ans. Ledit projet, que l'on nous annonce comme définitif, est-il pourvu des "garde-fous" suffisants en cas de montée des eaux? Non, certainement pas. La vérité est désormais au grand jour dans la presse :"il va falloir y penser..." nous annonce M. l'adjoint à l'urbanisme. "Nous avons saisi le Département.." nous dit-il. Ce qui implique que l'on a dépensé des sommes fabuleuses pour un AMI (Appel à Manifestation d'Intérêt) sans définir les préalables. On nous annonce la mise en place de plots flottants dans le bassin de commerce, alors que le reste du projet est lui aussi "flottant", surtout depuis la prise de connaissance de pollutions profondes sur le quai sud, consécutives à des décennies de stockage de vracs sur les quais. En fait, nous savons que le projet portuaire de M. le Conseiller Départemental est une oeuvre insuffisamment réfléchie et, par conséquent, non aboutie. 

A Granville, tout ce qui touche la collectivité, stagne de nombreuses années dans les cartons avant de sombrer par inutilité ou alors une solution hybride qui ne prend pas en compte l'essentiel des données. Ces mises à l'index s'adressent autant au Département qu'à la collectivité (ville + GTM). Concernant la ville, cette fumeuse affaire "2030", achetée à prix d'or pour plus de 750 000 €. Quelle aubaine ! J'ai cherché en vain notre ville sur la scène de l'Olympia ce mercredi, lors de la remise des "awards" pour le talent et l'humour. Le fantôme du pingouin disparu et non retrouvé serait-il encore vivace..Qui sait ..?

Néanmoins, les ordonnanciers de ce projet portuaire commencent à donner de la voix (ou de l'écriture)? Auraient-ils soudainement pris leur conscience à bras le corps? Certainement pas car le niveau technique échappe à leur sagacité. Quoi qu'il en soit, la chronologie de faisabilité semble reprendre son cours normal, celle du principe de précaution devenue obligation constitutionnelle depuis 2005. De nombreux aménagements s'imposent désormais, notamment pour mettre les abords portuaires (rue du Port, Bd des Amiraux et l'archipel de Chausey principalement) sans oublier qu'en se réhaussant, le niveau moyen de l'étiage maritime générera de nombreuses incidences sur le rejet du Bosc dans la mer. 

Mesdames et messieurs les élus, municipaux et départementaux, vous avez réduit le projet portuaire à son expression ultra simpliste, par le petit bout de la lorgnette, en cherchant en priorité à faire de l'argent dans cet AMI lui aussi fantômatique et hors de proportion avec les réalités sur un site maritime parmi les plus exposés d'Europe. Non seulement vous avez imaginé ce projet, pour beaucoup non abouti, en voulant imposer des remblais supplémentaires au delà de la digue ouest alors que cela est formellement interdit par les codes de l'environnement et maritime, qui de plus impacte une ZNIEFF. Sur ce projet purement irréfléchi, les aspects écologiques sont oubliés, notamment en ce qui concerne les rejets hyrdro-sédimentaires. L'augmentation de la capacité d'accueil sur le port de plaisance est-elle vraiment opportune, sachant que l'archipel de CHAUSEY devra un jour être limité si l'on veut éviter les dégradations, aggravées par la probable montée des eaux sur l'ensemble de la Baie du Mont St Michel. Là aussi, c'est le moment de se poser la question. 

Concernant l'ensemble immobilier du secteur rue des Isles, le principe de déchausser le centre ville a été acté par Madame le Maire et ses acolytes dans le cadre d'un PLU inique et en trompe l'oeil et, qui plus est, trop ancien dans sa datation pour répondre aux réels objectifs. Le transfert multi-commercial du centre ville vers le port s'apparentera, nous en sommes tous certains, à une forme de racket totalement aux dépens du centre ville traditionnel. Ceci, alors que les pas de portes des rues commerciales sont pour la plupart en grande difficulté.

Nous voulions, avant qu'il ne soit trop tard, dresser ce tableau apocalyptique à l'adresse des granvillais. Nous devons tous réfléchir et ne jamais subir; ce sera la seule façon d'éviter à notre ville de glisser vers un toboggan qui serait synonyme de déclin. Avant de penser des Granville 2030 démesurés ou des AMI sur le port, pensons en priorité "protections des populations". La climatologie se transforme rapidement et s'il y a des fonds à trouver en priorité, ce seront ceux de la protection civile et surtout pas ceux du bling bling et du "m'as tu vu"...!

Eric LUBITZER