Feux-Inonda (2)

 

Depuis quelques mois, le monde entier assiste, impuissant, à la destruction active par le feu du continent australien. La question qui se pose est la suivente : s'agit-il d'une réaction humaine logique ou de l'indifférence ? Mais nous devons nous la poser en ces termes. Depuis septembre 2019, six millions d'hectares sont détruits et près d'un demi milliard d'animaux ont disparu dans les flammes. Devant nos postes TV, nous voyons les secours utiliser des moyens dérisoires contre le feu et celui-ci poursuit inexorablement sa route de la mort. C'est l'ensemble de la biodiversité qui disparaît devant nous, alors pourquoi autant d'impuissance et tant d'indifférence?

Pourtant, dès qu'une guerre apparait à la surface du globe, ou qu'un cataclysme injuste se dresse devant les populations, l'ensemble de la planète "média" s'agite. Nous l'avons vu lors des incendies de forêt au Brésil et notamment en Amazonie, il y eut même des échanges de "feu" avec le Président brésilien, lesquels n'ont pas permis d'avancer d'un pouce sur ce problème majeur qu'est la déforestation de la première plantation naturelle mondiale. L'Australie ne présente pas la même physiologie; les arborescences sont très différentes et leurs implantations sont très disparates ce qui, convenons-en, complique l'étendue des solutions de sauvetage et de préservation. Certes, le Gouvernement Australien n'est pas un exemple écologique à toute épreuve, tout comme celui du Brésil, mais pour autant doit-on "abandonner" les populations à leur triste sort?  

Que fait l'ONU ? Nous ne voyons pas d'acte concret qui pourrait rejoindre l'objectif n° 15 (Forêts - désertification et biodiversité) que l'organisation a elle-même édictée pour 2030. C'est le moment immédiat pour agir. Des populations entières sont en extinction, des millions d'animaux ont déjà sombré, d'autres millions sont en sursis. L'image des koalas demandant de l'eau aux cyclistes est concrète et affligeante car elle a montré au Monde entier l'énormité, voire même l'idiotie humaine, qui a oeuvré en matière de développement durable sur ce continent en dépit de tous les sens ingénieux qui auraient dû prévaloir. En réalité, une fois le cataclysme écologique passé, ce seront les 7 700 000 Km2  (presque autant que l'Europe) qu'il faudra réinventer. Cela s'imposera, ou alors un nouveau désert s'installera durablement alors que déjà, 18% de ce territoire est embaumé par le désert. 

Ailleurs ? Nous n'avons pas l'Australie partout, mais que faisons-nous contre les avancées de la climatologie ? A vrai dire peu de choses importantes; c'est ce qui permet aux scientifiques de nous annoncer une aggravation de la montée des températures de + 2°c en 2100, ce par rapport à la COP 21 de 2015. Résultat, il nous faut dès maintenant entrevoir et admettre que la montée des eaux sera nettement plus importante que ce qui nous était annoncé. Pour ce qui concerne l'Europe de l'ouest (inclus la Normandie et la Manche) nous devons intégrer dès maintenant une surcote d'étiage de + 1m. En fait, nous allons récolter les fruits de ce que nous avons semé depuis 100 ans (surtout depuis les 30 glorieuses), tout comme nos frères australiens avec le feu. Mais pour nous, ce sera plutôt, et à coup sûr, celui des submersions. Comment imaginer, par exemple, faire des murs en béton illusoires sur l'ensemble de nos traits de côtes? Ce serait aussi idiot que les applications de documents administratifs régissant les constructions et que la plupart des élus ont "bidouillé" afin d'obtenir l'impossible et assouvir des programmes politiques parfois douteux. 

Erreurs fatales !  En laissant à tout va la libre bride à des béotiens piètres inventeurs de PLU, nous allons cahin-caha vers le chaos. Les exemples dans notre belle France sont nombreux. Ils jalonnent tous les chemins de Rome à Compostelle; c'est ce qui explique la grande détérioration de nos paysages et parfois, la présence de bâtiments ou d'équipements inutiles, inadaptés, dépassés ou en état de surcapacité, avant leur utilisation. Quand commencerons-nous des équipements dont les besoins sont imparables en privilégiant toujours les données économiques du futur et non celles du passé? 

A Granville, par exemple, la Monaco du Nord..., selon certains, nous n'allons pas échapper (comme ailleurs) à la montée des eaux...Mais les élus d'aujourd'hui, bienveillants et convaincus d'un certain bon sens qui leur est propre, sont prêts à installer au large, des feux alternatifs interdisant à la marée de s'approcher des installations littorales et portuaires. C'est vrai que nous sommes entrés dans le siècle du numérique, mais avant de s'évertuer à convaincre la population du bien-fondé d'un projet de Port dépassé lui aussi, nous aurions préféré que nos chers élus s'évertuent à trouver des solutions techniques garantissant pour l'avenir une protection vis à vis des effets maritimes excessifs. Sans cela, nous pourrions proposer un changement de surnom en l'intitulant "Venise du Nord, les pieds dans l'eau". Quel slogan, n'est-ce-pas?  

Pierre JUHEL

ECOLOGIE NORMANDE